15, rue des Lois

La mort d’Armand Gatti réveille les souvenirs et je pénètre à nouveau dans le 15, rue des Lois, alors à l’abandon, en plein cœur de Toulouse, façade du Forum des Cordeliers, magnifique bâtiment dans la cour arrière.
Il avait été restaurant universitaire, puis local syndical de la dite grande Unef, dont je fus. Au sous-sol de l’immeuble, dans la moisissure humide des caves de bord de Garonne, pourrissait un studio de radio qui retrouvera sa verve quelques temps et coudées de fuel plus tard sous le nom de « Campus ».

Traînait sur les courriers qui arrivaient encore à cette adresse un drôle de nom, « Archéoptéryx ». Alors on se renseigna et l’ombre, immense, d’Armand Gatti, prit forme sur le bâtiment. L’ombre mouvementée, tourmentée, sulfureuse d’un collectif artistique qui avait laissé des traces théâtrales, politiques et poétiques très controversées.

On le sait, la nostalgie, je la refuse. Je cale mes pieds et je freine de toutes mes forces : je n’y cèderai pas. Mais quand même… Arriver à Toulouse en fin des années 80, quand tout ce passé, de l’après-guerre aux années 70, nous avait laissé des traces engagées, et qu’il suffisait de gratter avec un tout petit bout d’ongle pour se faire raconter les histoires des uns, les actions des autres… ce fut une chance.

Je pense, en écoutant des jeunes gens des temps qui viennent, à l’absurdité des temps présents, à ce que nous transmettons comme atmosphère. Nos anciens, ceux qui nous avaient précédés de 50 à 10 ans avant nous, nous avaient transmis des bouts de liberté et des airs de révolte.

J’aimerais arriver à décrire cela, un jour je le ferai, j’en prendrai le temps. Là, juste, aujourd’hui, avec la mort d’Armand Gatti, j’en prends note.

Avril 2017

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