Appartenir aux lieux

Ce blog a tourné toutes ces années autour de la notion d’identité jusqu’à en abandonner le terme. C’est comme de voir sa propre réflexion en travail, comme un défilé d’images, avec une petite morale à la fin, j’ai jamais pu m’en empêcher.

La morale à la fin, c’est que cette notion d’identité liée à la question du territoire est effectivement un piège à contourner. Le mot qui a peu à peu pris la place dans ma pensée à moi, c’est celui d’appartenance. Cela permet d’en avoir plusieurs, des appartenances.

L’identité liée aux pays (quand je dis pays, chez moi c’est plutôt petit, c’est le Comminges, la Bigorre, le pays de Thau…), cela enferme, cela exclut. L’identité d’un individu, c’est une somme assez complexe d’influences, d’affects, de réflexions, de rencontres, de constructions. C’est forcément multiple, une identité, forcément !
Une identité locale, cela est donc très réducteur, cela ne dit pas tout de ce qui s’y fonde, s’y agrège, s’y renouvelle. Cela fige et la pensée est mouvement disait Pierre Bourdieu il y a trente ans dans un amphi de la fac du Mirail.

Quand on dit « appartenance territoriale », de suite on visualise les racines qui creusent, les branches qui s’élèvent, les forêts qui gagnent. Appartenir à « quelque part » n’empêche pas d’appartenir à « autre part ». Appartenir cela évoque tout d’un amour non exclusif, on n’appartient à personne et rien ne nous appartient en propre, mais les pays sont nôtres, par le vent, la lumière, les automnes, la familiarité, les noms des lieux, les chemins que l’on reprend sans cesse, dans la manière qu’on a d’embrasser les paysages comme les gens.

De même, on s’imagine appartenir aux lieux comme s’ils nous connaissaient, nous reconnaissaient quand on ouvre les grilles des cimetières, quand on entre dans les églises, quand on s’attarde dans les petits jardins des presbytères, les terrains de rugby et les promontoires avec vues sur la mer, l’océan ou les Pyrénées…

Oui, voilà, l’appartenance territoriale, c’est doux, aimable et avenant. Puis accueillant aussi. La porte ne se referme pas en claquant sur la gueule de l’étranger. La porte reste ouverte pour peu que l’on aime à partager la beauté d’un monde à refaire sans arrêt.

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