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Sète, des femmes au fil de Thau

L’île de Thau, à Sète dans l’Hérault, est un quartier construit il y a cinquante ans par comblement de l’étang de Thau au nord de la ville. Couvert de barres d’immeubles, entouré d’eau, de canaux, on l’appelle aussi « la Zup ».
Au cœur la médiathèque, tout autour des associations de quartier, des ateliers d’alphabétisation, des activités sportives… Des femmes contribuent à maintenir, entretenir, réparer un lien social qui se délite. Les projets qu’elles mettent en œuvre, les raisons qui les guident, leur plaisir à travailler conjointement dépassent les fatigues et les découragements. Parce que ce sont aussi dans ces actions qu’elles ont conquis une part de leurs libertés respectives, ensemble.

Production déléguée : Le-loKal Production
En coproduction avec France Télévisions
Avec le soutien de la Région Occitanie


Filmer ici. Filmer avec, filmer pour

Le 11 mai, le Felco-creo qui regroupe les enseignants d’occitan de l’Education nationale, organise une journée à Bouzigues autour de la biodiversité sur l’étang de Thau.
J’interviendrai à partir de 15h30 avec la présentation d’extraits de films. Le programme est ici :

11-05-19- Jornada a Bosigas – CREO Lengadòc 11 de mai 2019 « Ensenhar la biodiversitat »

Trop bon, trop con… Non !

C’etait un article dans le journal local, ça nous avait tous vexés dans la famille à l’époque. On écrivait de mon grand-père : « ce brave monsieur F. ». Brave. Souvent, brave est suivi de con. Brave con. Alors que la bravoure, c’est pas rien. Et mieux vaut être brave que méchant, on est bien d’accord ! Non ? On n’est pas d’accord ? On n’est pas chez les « bisounours » entend-on ?

Tout ce qui m’est arrivé de beau, de bien, de touchant, de généreux, tout ce qui m’a fait pleurer de bonheur, m’est arrivé par gentillesse. Celle d’autrui, la mienne aussi. Don, contre-don. C’est comme une philosophie. De vie. De vie entière maintenant.

Quand les mains sont ouvertes, les yeux écarquillés et le sourire posé aux lèvres… on n’imagine pas la somme des petits bonheurs qui nous échoient, à nous, les braves. Pas si cons.

Avril 2019

Comment vous faites avec la misère ?

Comment vous faites, habitant.e.s, des grandes villes, avec la misère ? Je ferais comme vous, je pense, je passerais, m’apitoierais, m’alarmerais, m’habituerais. Une pièce un jour sur deux au monsieur du feu rouge à l’angle de ma rue.

Marcher dans la ville qui fut mienne et la voir transformée par la misère à tous bouts de rues, de carrefours, de trottoirs et d’espaces verts, le choc est grand. On me dirait « Paris », on me l’a dit déjà, les bidonvilles sous le périphérique, je réagirais moins fort je crois. C’est stupide, je le sais. Et puis Toulouse est une grande ville, à l’instar d’un Paris, d’un Lyon ou d’un Marseille. Bordeaux ? Oui, Bordeaux aussi.

La misère est partout, je le sais aussi. Dans mon petit bourg du piémont pyrénéen, dans ma petite ville des bords de mer…

Mais dans les grandes villes, le choc, ce sont les mondes qui se choquent, et ça se voit, et c’est cruel, et signifiant. Et cruellement signifiant. Il y a celles et ceux en vélo, celles et ceux qui courent, celles et ceux qui roulent, qui rollent, qui trottinettent, celles et ceux en bus, celles et ceux en voitures, celles et ceux aux terrasses des bars, celles et ceux allongé.e.s au sol, celles et ceux sous la tente sur les trottoirs, celles et ceux qui passent et qui regardent, celles et ceux qui se penchent, celles et ceux qui se sont penchés mais ne se penchent plus, ce serait trop souvent, trop d’argent, celles et ceux qui ne fument plus dans la rue, ça reviendrait trop cher de filer des clopes à tout bout de champ comme on le faisait avant, celles et ceux qui vont au théâtre, au cinéma, celles et ceux qui font la queue pour entrer dans des restaurants, celles et ceux qui se refilent des bons plans, celles et ceux qui troquent, celles et ceux qui « font » les magasins, celles et ceux qui « se font » les magasins, celles et ceux qui ne font plus les magasins, que la manche, celles et ceux qui se « démerdent », celles et ceux qui ne se démerdent plus.
Beaucoup, beaucoup, beaucoup trop de gens abîmés.
Et pour paraphraser Saint-Exupéry, je n’aime pas qu’on m’abîme un homme, une femme, des enfants. La queue tous les petits matins devant la veille sociale du Ccas, la petite (vieille) dame assise jambes repliées contre elle (à cet âge avancé, le tailleur n’est plus possible) à côté de la boulangerie, vision quotidienne à travers la vitre du bus.

Alors bon… s’indigner, se révolter… bien sûr.
Mais surtout lutter contre le fait de s’y habituer, je crois que ce doit être un dur combat.

Avril 2019

Marcher comme dans un film à la Pointe courte

Arbre en hommage à Louis Molle / déc. 2018

Marcher dans un lieu qu’on ne connaissait auparavant que parce qu’il a été filmé, c’est comme marcher dans le film. Tout devient évocateur, presque familier.

C’est une sensation très troublante de reconnaître sans connaître.

Pour moi la Pointe, c’est un film avant d’être un quartier. Un film en noir et blanc, de 1955, avec Philippe Noiret et Sylvia Monfort, d’accord, mais surtout pour moi, déjà, un quartier, des rues très étroites, du linge qui pend sur le quai, un habitat très pauvre de pêcheurs de l’étang et, déjà, aussi, les fêtes de la Saint-Louis, les joutes sur le canal royal.

Puis mon compagnon d’alors, qui m’avait montré beaucoup des films de Varda dont celui-là, m’a amenée ici. C’est-à-dire qu’avant même de rentrer dans Sète, on s’est arrêtés à la Pointe.

C’était un dimanche matin, il n’y avait personne dans les rues, et je marchais presque sur la pointe des pieds. Je trouvais ça très beau, ce quartier sur l’étang, mais j’étais intimidée par cette impression de rentrer chez les gens, tellement c’est petit ici… Donc je ne suis pas rentrée dans les “traverses” – il est beau ce mot de “traverses” – j’ai juste levé la tête sur un panneau, et j’ai lu “Traverse Agnès Varda”. Je me suis du coup sentie accueillie. C’était “raccord” en quelque sorte !

Mais c’est la même chose quand on connait un lieu et qu’on voit un film après qui a été tourné au même endroit. Je pense à “Dans la ville blanche” d’Alain Tanner à Lisbonne, quand Bruno Ganz monte les marches vers une église dans l’Alfama, Saint-Etienne je crois. J’avais monté les mêmes quelques semaines avant, j’étais émue par cette soudaine familiarité avec les lieux, comme si je regardais un film que j’aurais ramené de mon voyage à moi. C’est très agréable comme sensation, c’est fugitif aussi, cette impression d’habiter un lieu, un bout de film, de manière provisoire, comme quelque chose qu’on attrape et qui s’échappe…

Des anecdotes sur le film, y en a tellement à Sète, c’est un devenu un mythe, ce film, ici. Quand il a été représenté il y a dix ans environ, il y avait la queue dehors, c’était la première fois que je voyais la queue devant le cinéma de l’esplanade. 

Et toujours cette anecdote qui revient : dans le film les gens d’ici ont l’accent d’ailleurs. Tout a été post-synchronisé en studio à Paris, faute d’argent pour enregistrer en son synchrone. 

Ici, on m’a raconté que les bobines son s’étaient égarées entre deux gares… C’est faux mais j’aime beaucoup l’histoire… le faux, ça dit toujours le mythe, la légende.

Je filme au moins une fois par an à la Pointe, j’aime venir filmer ici. J’aime filmer les gens d’ici. Il en reste. Pas beaucoup, mais il en reste. Je n’ai pas l’impression de marcher dans les pas de Varda, non ce n’est pas du tout ça, j’ai l’impression de marcher dans un film, j’ai l’impression d’habiter en filmant. 

Sinon, je me promène et ça, ça m’intéresse pas vraiment, la promenade.

Depuis c’est devenu un décor aussi… ça a été tellement filmé. Comme c’est étroit, petit, les gens ça leur fait plaisir mais ça les embête aussi, un peu, quelquefois. Une copine de la Pointe m’avait dit : “Si ça leur plaît tellement la Pointe, ils ont qu’à la reconstituer en studio à Paris!”  

Comme l’accent, en studio…

Quand je vois du linge étendu sur le quai, de suite je pense au film de Varda. A chaque fois. C’est comme si, du coup, d’avoir été filmé, et que le film soit devenu aussi important, vu, revu, reconnu de par le monde, le lieu était devenu éternel, genre “Rome ville éternelle”.

C’est comme une responsabilité aussi… La Pointe courte, ça ne devrait pas devenir autre chose que la Pointe courte, je ne saurais pas bien dire…

Sète, octobre 2014

Une vie

Il y a des morts qui bouleversent les programmes. Pas seulement radio ou télé. Je n’aurais pas pensé, même hier, que la mort de Michel Legrand me ferait tomber soudainement dans le chaudron de l’enfance, de la jeunesse, de mes trente ans, de mon aujourd’hui, linéaire, accompagnement de toujours, désormais, à très bientôt cinquante, on peut dire d’une vie. Ma tasse de café encore à la main, dans l’autre le téléphone portable sans fil, je tape sur You tube et ça défile : Parapluies, Gene Kelly-Demoiselles, Peau d’Ane-Marraine…

C’est enfant, à la télévision, les couleurs si évocatrices des années 70, mais je ne le savais pas à l’époque, ces lilas, ces oranges, ces verts, ces bleus, ces mauves, l’enchantement de Peau d’Ane. J’adorais Jean Marais parce que j’adorais les films de cape et d’épée. C’est ensuite jeune fille le rêve des amours trouvées après les amours fantasmées chantées par Maxence, et ma voix qui s’accorde plus aisément aux graves des forains qu’aux aigus de leurs jeunes compagnes. Faut dire que j’ai commencé à fumer assez tôt.

C’est aussi, enfant, une cassette audio de Michel Legrand. Je n’aimais pas plus que ça l’écouter mais j’aimais, déjà, le chanter. J’ai depuis perdu mes dernières cassettes audio dans un des multiples déménagements… et je ne me souviens pas depuis quand je n’ai plus rien pour les écouter encore…

A la trentaine, les Demoiselles ont déjà été vues plus de vingt fois, les Demoiselles vingt-cinq ans après itou, Jacquot de Nantes, c’est lui, c’est Demy… je suis tombée aussi à ce moment-là dans la marmite à Varda, tout vu, tout pris… ça donnait comme une unité à la vie.

Puis je déménage de Toulouse à Sète et les Demoiselles s’estompent. Je les revois moins. Je les chante moins surtout, normal, la voix s’éraille… A la clope, s’ajoutent les rites initiatiques au bar des halles, ça n’aide pas… Mais Legrand revient par la petite porte de la quarantaine, une trouvaille chouïa misogyne, une époque là encore, celle que je n’ai pas connue, celle d’avant moi, les années 60. Par Nougaro, celui avec lequel, je l’espère, ma voix s’accordera toujours ! Pour l’accent, c’est sûr. (Chanter dans son accent, c’est comme enfiler des pantoufles, on se sent extrêmement à l’aise, ça me fait le coup aussi avec Cabrel et les collègues.)

Bon bref, une vie.
Est-ce que je dis que ça fait tout bizarre que les gens qui étaient dejà un peu vieux, quand même, dans l’enfance, meurent les uns après les autres ? Est-ce que je le dis que je ne l’ai pas vu venir ? Que tout d’un coup, les premières années de ma vie d’adulte s’éloignent et qu’en tendant le bras derrière, je risque l’élongation de l’épaule ?
Non, je me remets plutôt cette histoire si drôlement racontée par Danielle Darrieux. Pour le plaisir de prolonger la chronique et le temps…

Janvier 2019

Alors on pense*

Tout va trop vite, la pensée notamment, même pas le temps d’écrire, de saisir la pensée qui vole pour la poser là, qu’une autre arrive, la pousse, la chasse. Pour le sens, les sens, le moment est assez exaltant. Avoir passé tant d’années à enrager de la disparition du peuple, des peuples, des écrans radars de nos quotidiens « cultivés », et assister à l’émergence désordonnée de paroles et d’arrêts sur images sur la diversité des colères, rancœurs, épuisements mais aussi des retrouvailles, liens nouveaux et révoltes renouvelées ne peut qu’inciter à mettre la pensée en mouvements. Comme je lis et j’écoute beaucoup, je ne me sens pas d’en rajouter ni de gloser. Alors, je mets des liens.

Ici, à l’Ecole des Hautes Etudes en Sciences Sociales, on fait le boulot. On archive, on réfléchit, on met en commun. C’est leur boulot. Leur boulot n’est pas de soutenir de loin ou de haut, leur boulot c’est de réfléchir et de nous aider à le faire. Ils le font et c’est bien. Moi, j’ai un petit penchant pour ce qu’en dit Gérard Noiriel.

Comme on parle beaucoup de démocratie participative, et qu’il ne s’agit pas de réinventer la poudre à chaque fois que quelqu’un découvre un mot nouveau, c’est bien de se pencher sur des histoires qui ont fait la jeunesse de celles et ceux qui nous ont précédé.e.s. Et des leçons à en tirer. C’est à entendre ici, à Louviers, entre 65 et 83.

Et puisqu’avant de repousser encore une fois foireusement l’âge de départ à la retraite, on réitère en ce moment les sempiternelles négociations sur la réduction des droits au chômage, les intermittent.e.s de l’espectacle vivant et de l’audiovisuel pas mort se refont entendre. Où l’on retrouve Samuel Churin répondant à sa manière, plutôt belle, à des questions plutôt mal posées (c’est un euphémisme parce que j’ai été trop bien élevée).

Et, pour rajouter une petite touche toute personnelle, mon petit plaisir personnel du moment c’est qu’au mépris on sache toujours répondre collectivement.

Et puis une petite chorale nocturne pour finir, ici. A Commercy.

Ah, et enfin, aussi, comme on ne sait pas du tout ce qu’il en sera pour 2019, l’inconnu étant droit devant… Au bout… peut-être… y a la lumière… à moins qu’on ne sombre dans le crépusculaire. Alors je m’empresse de nous la souhaiter bonne, cette année ! E, sobretot, plan acompanhada. Bien accompagné.e.s.

*L’original, est là.

Projections à venir

Bufa

Le 30 novembre à 18h, à la médiathèque Mitterrand à Sète, dans le cadre du mois du film documentaire, projections de Bufa lo Cèrç e raja l’Orb… E filma Miquel Cans (Souffle le Cers et coule l’Orb… Et filme Michel Cans).
Soirée animée par l’association Quais des Docs.

Le 23 novembre, toujours dans le même cadre et dans le même lieu, et à la même heure, conférence de Claude Alranc sur les animaux totémiques en Occitanie et diffusion du film Ce qui nous lie.
Soirée organisée en partenariat avec le Cercle occitan sétois.

Avec l’accent qui se promène…

Sans plus de commentaires face aux méprisants de tous bords,
quand la coupe est pleine à ras bord…
que cal escotar aqui…
Ou lire ici…

Et puisqu’on ne parlerait pas un français correct en nos terres d’en bas, on n’a qu’à réapprendre à parler la nostra lenga… et si d’aucuns le veulent tellement, à parler le français tout seuls, correctement et sans accents, on fait sécession (ça rime avec Mélenchon, qui s’en retournera sénateur de l’Essonne, ça rime riche intérieurement aussi…).

J’ai eu, sur ce coup bas, souvenance de cette brève histoire d’Occitanie d’Yves Rouquette dans « Midis, petite géographie cordiale », un livre désormais difficilement trouvable et pourtant si riche de tous nos territoires à accents.
Le voici, le voilà :

« On ne dira jamais assez combien, structurellement (géographie et linguistique), l’Occitanie tourne le dos aux espaces français et, plus généralement, nordiques. (…) il n’y a jamais eu de dialectique Nord-Sud dans l’espace actuellement français qu’en termes de coups de pieds au cul : invasion, quadrillage policier, razzias fiscales et mise des cerveaux à la forme hexagonale. Le relief fait de l’Occitanie un morceau de l’Europe du Sud. La langue occitane est sœur jumelle de toutes les autres langues romanes -phonétique et gesticulation- à l’exclusion de la française. Où, en cuisine, l’huile cède devant le beurre, commence le Nord européen… Le pôle Nord.
L’homme d’oc n’eut longtemps que mépris pour ces espaces plats, instructurables, où le ciel est rond, les hommes blonds et l’agriculture simplifiée par la ligne droite. Quand il voyageait, c’était vers le Sud ou l’Orient, pour affaires ou pour le plaisir. Si aujourd’hui encore il « monte » à Paris, à Strasbourg ou à Bruxelles, c’est soit qu’il est chômeur, soit qu’il est député, soit qu’il va essayer de placer sa camelote sur le marché « national ». Pour ses voyages d’agrément (noces, congés payés, escapades amoureuses, pérégrinations culturelles) il préfère Venise, Séville, Athènes ou Istamboul.
Quand il s’est réveillé de son indifférence hautaine à l’égard des barbares, le pays d’oc s’est trouvé envahi : les grands blonds nordiques avaient acheté ses plus belles maisons, plié les hommes dans leurs planifications, mis les femmes à leurs modes, embarqué leurs enfants dans leurs villes, imposé leur langue partout. Ces événements constituent, grosso modo, l’histoire occitane. »

Sinon, en plus long, on peut toujours lire et relire « Sept cents ans de révoltes occitanes » de Gérard de Sède au Papillon rouge éditeur.
Ou emprunter où vous pourrez le trouver, le documentaire de Christian Philibert sur la longue chaîne de mépris qui nous lie de siècles en siècles eu égard à nos accents de moins en moins toniques, « Le complexe du santon ».

A bons entendeurs un peu sourds… Salut !
Adishatz !

18 octobre 2018