Chant commun

Ceci n’est pas un blog d’actualités et mes chemins, l’été, sont souvent buissonniers. A l’heure des affrontements, je vais encore une fois taper en touche, dans ces marges qui tiennent le cahier. Pourtant, je le sais bien qu’une société démocratique est celle qui sait laisser place au conflit et à son expression, je l’ai bien compris en lisant Du journalisme en démocratie de Geneviève Muhlmann il y a plus de vingt ans. 

Mais je cherche surtout, depuis bien plus de vingt ans maintenant, des refuges et moments apaisés. Et des bonheurs exaltés. Ce sont ces moments très courts, et très intenses, où le commun rayonne par dessus tout et malgré tout.
Cela arrive bien souvent quand les gens chantent ensemble.

C’était début juillet à Poussan, un concert de Nadau. C’est impressionnant comment ce groupe de ma jeunesse est devenu à ce point identitaire, au meilleur sens du terme, d’un païs tout entier. Je me suis retrouvée quasi en transe à chanter « Haut Peyrot, vam caminar, lo païs vam cercar » de plus en plus vite et de plus en plus fort jusqu’à en casser la voix. Trente-cinq ans à chanter le même refrain, ça donne l’entrain, la force derrière soi, la petite adolescence saint-gaudinoise qui se glisse dans la vaste cinquantaine occitane, ça met en joie. 

Un détour d’un jour par le pays basque et le hasard béni : des chanteurs de Mauléon sous une halle entonnent les fameuse fêtes du cru et l’Hegoak. Moment de grâce et de complicité avec les tables d’à côté parce que je fredonne un refrain à l’oreille seule et en bougeant les lèvres sur une langue qui m’échappe totalement.

Et puis finir le mois à mi-col du Peyresourde, à l’abri d’une chapelle romane du XIe siècle, la Moraine de Garin, pour retrouver Nadau parmi les siens, un peuple du Comminges et des Pyrénées un peu plus hautes pour ré-entonner le « Haut Peyrot » en faisant gaffe, cette fois, à ne pas s’y fouler de nouveau une corde vocale. 

Et redescendre, concert terminé, en long cortège de voitures sur les pentes escarpées, doçament, doçament, doçament, et voir chacun, chacune se quitter à chaque rond-point dans la vallée après avoir communié ensemble, il n’y a pas d’autre mot, et il peut être athée, dans le chœur uni des femmes et des hommes. Il n’y a rien de plus beau.

Juillet 2021.

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