Laissez passer, laissez passer les rêves… Yeah…*

C’était pourtant simple, on s’en réjouissait déjà, quoiqu’il n’y a pas de quoi. Une parole des femmes émerge et on entend peu les « ah bon ? ah tu crois ? non mais c’est pas si courant, c’est pas si fréquent, faut rien exagérer, etc. etc. » à l’infini. Pas de place au déni, c’est un déferlement, une avalanche. Oui, en parlant des violences faites aux femmes, il s’agit enfin de décrire un climat global, une ambiance constante et, en face, une honte permanente, un silence obligé.

Je me suis dit en cet automne que peut-être quelque chose allait changer, glisser dans la perception. On nous entendrait un peu mieux quand on relèverait la blague sexiste à deux balles, les regards détaillant les anatomies. On ne nous répondrait plus, – ou moins, tout au moins – : « ah ! ça va ! si on peut plus rigoler ».

C’était pourtant simple de dire que tous ces dérapages courants ne sont pas acceptables. Simple de les dénoncer, de les remettre en cause. Simple comme bonjour, d’un signe de tête dans la rue, sans qu’on y voit une invite à la drague. Simple comme rentrer le soir tard dans les rues d’une ville. Simple comme fumer une cigarette en terrasse de bar.
Simple comme de coller un E à la fin d’auteure (j’aime pas trop autrice, mais je vais m’y faire…).
Simple.

Des paroles arrivent de toutes parts, laissez-leur les places, publiques.
Cela aurait été si simple de se taire, enfin, et d’entendre.

Et bien, non, ce n’est jamais si simple qu’on peut le rêver. Déjà, d’entrée, on nous balade sur des débats à la con. Je l’ai déjà dit, outre qu’ils sont les plus longs, les débats à la con ont l’avantage de noyer les poissons, de dévier les cours d’histoires. Faut-il balancer ou pas ? Le mot « balance », il est nul. C’est dommage. Du coup on va débattre du mot. Le mot « porcs » ne vaut guère mieux. Du coup on va défendre l’animal le plus proche de l’homme. C’est dommage, vraiment.

Et puis cette tribune infâme de femmes débarque (je ne mets volontairement pas le lien vers la tribune, mais sur une des réponses, dans laquelle il y a un lien vers la tribune infâme si l’on veut…). Et là, nous voilà à débattre de la dite tribune.
Mais on se fout de savoir ce que Catherine M. et consorts pensent du monde tel qu’il ne va pas. C’est clair. Nous ne sommes pas du même monde. Leur avis sur le nôtre, de monde, on s’en tape.
Quand Catherine M. transforma en 2001 sa vie sexuelle en succès de librairie, elle incarna alors pour moi cette gauche de mœurs qui n’avait retenu de ces formidables années 70 que la libération sexuelle. Ce qui est peu dans nos vies de turbin, en fait. Les rapports de travail, de sujétion, les rapports de pouvoir, de domination, eux, ont été bien préservés. L’essentiel était sauf et Catherine M., Catherine D. et quelques autres pouvaient s’éclater dans un happy few dont nous n’avons pas idée et c’est tant mieux.
Mais qu’elles la bouclent, par pitié, quand on parle des femmes. Des autres. De toutes nous autres.

Parce que justement n’étant pas du même monde, nous ne parlons pas des mêmes choses. Ces Catherines n’ont pas pris les mêmes métros de la vie que les jeunes femmes victimes de frottements. (Oui, victimes. Même quand elles répondent ensuite d’un revers de gifle ou par un dépôt de plainte, avant elles sont bien des victimes. Ce qui ne veut pas dire de « pauvres petites choses ». Cela veut juste dire qu’arrive quelque chose que l’on n’a pas choisi. C’est simple, ça, non ?)

Cela ne vaudrait donc même pas la peine d’en parler, si cela ne gâchait gravement cette sensation de vent libérateur qui souffle à chaque fois que l’on espère des prises de conscience un peu plus vastes.

Sur ce, la bonne année, tout de même, malgré tout. Et malgré toutes.

Janvier 2018

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