Ici, Sète, pour moi

Ce texte est paru dans une version plus courte dans un livre “Sète au coeur, des mots et des couleurs” realisé par Jean-Jacques Gény

Alors Sète.
Sète, quand j’y arrive c’est par la Pointe. Le film d’abord, puis le quartier. Sur la « pointe » des pieds. Ne pas déranger. Si, si, des gens habitent là. Et nous qui visitons, pas. Voilà, ça c’est une base, une règle. Elle est posée.

Puis dans la même matinée, mon guide se souvient du Social. On se gare à l’Hospitalet. C’est l’automne. Il n’y a quasiment personne. On doit être dimanche. Oui, c’est ça, un dimanche, puisque le soir il faudra retourner au pays, s’en aller travailler.
Bon, ç’a été beaucoup dit mais à mon tour de l’écrire, c’est beau. De la Pointe au Quartier Haut. En passant, en partant, par la plage de galets, la crique de la Nau.

Je reviendrai.
A peu près chaque année. Comme ça, une heure ou deux. Une fois au théâtre, celui où y a la mer, et l’autre au cinéma. Comme ça. Des occasions.

Puis, quand il a fallu déménager, j’ai dit : « Sète ». Par le train. « Sète, ici Sète ». J’aime la gare de Sète. Je ne dirais pas comme Dali de Perpignan qu’elle est le centre du monde, je préfère, et de loin, qu’elle reste décentrée. Comme un peu à l’écart. D’herbes folles entourée. Et d’une grande enjambée, revenir à la Pointe, sauter la voie ferrée.

C’est septembre quand je m’installe. Tout le mois je me longe. Clovisses, huîtres, daurades… Et j’arpente les rues, le livre de Rouquette et François comme un guide à la main, pour me tenir la main. Leur « Sète », depuis, qui ne me quitte plus et que j’offre à tout va, à qui le vaut et l’aimera.

Un moment de doute, quand même. S’installer en terre étrangère, ne pas être de là. C’est la première fois que ça m’arrive. Et c’est pas si facile. Non pas qu’on soit mal accueillis, oh ! que non. Mais il faut savoir « ne pas être de là ». Il faut savoir le faire. Et ne jamais y croire, qu’on veut être de là. C’est ridicule, puisqu’on est d’ailleurs. Moi, par exemple, je suis de la campagne de Toulouse. Toute ma vie je serai de là-bas. Tout en vivant ici. Il est où le problème ? Il n’y a pas de problème.

Donc savoir vivre, savoir vivre ici tout en étant de là. Et poser des questions. Et chercher à connaître, les vents, le sens des vents, les gens, le goût des gens. Ça prend un peu de temps. Ça tombe bien, pour la première fois, j’en ai du temps. Je vais peut-être même en faire mon métier. Filmer. Filmer les gens en prenant tout le temps. Le temps nécessaire, le temps de se reconnaître et le temps de s’aimer.

Moi, ce qui m’attache ici, c’est la lumière, y a pas à dire, la lumière. Mais les gens. Surtout les gens. Je pourrai les énumérer mais je le ferai pas. J’en oublierai. Ces rencontres autour du comptoir, essentiellement, ces rencontres de rien, ces paroles de rien, de presque rien qui mises bout à bout font un tout. Une vie. Une vie de plaisirs où le tragique n’est jamais évacué. Quand un manque, il est là, présent, toujours, ça c’est vrai. « Es maï mort », oui, je crois qu’on ne s’en va vraiment que quand les autres s’en vont, à leur tour, aussi, « es partit ».

Ce qui me manque ? Un peu de combativité, peut-être. A Toulouse on était à côté de l’Espagne et même les mémés… Bref. La castagne. Ici, cette vie de brochettes en terrasse, de pastis dans les tubes, d’odeurs de la mer et dorés au soleil… tout cela attaque sérieusement le désir et le goût de la lutte. Je trouve. Attention, pas la lutte tristounette des manifs en cortège où l’on ne chante plus. Non, la lutte joyeuse, la lutte pour la vie, collective, enchantée quelquefois.

Mais bon. Bien sûr je ne regrette pas.

Je me souviens même déjà, déjà un souvenir, d’une Saint-Louis bouleversée à passer voir les joutes assise sur le quai, à danser des rock’n’roll sérieusement allumée, à râler contre la « fériaïsation » branchée, bruyante et technoïde et à me régaler d’un petit apéro place de l’Hospitalet à l’écart des soirées véhipé…

Tout ça pour terminer quelques semaines après en attaquant l’automne à la case arrivée, à la Pointe, autour d’une tablée, et un de la tablée qui me demande un texte que voici, que voilà, sur ce que c’est quoi Sète, ici Sète, pour moi.

 Automne 2007

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