Il ne s’est rien passé

Et voilà, il m’a fallu attendre ce lundi 8 mai (au matin, dans un train) pour que je comprenne enfin cette phrase du Guépard du prince de Lampedusa, prononcée par le jeune Emmanuel Tancredi (ah, il s’appelait pas Emmanuel ?) devant le miroir du magistral Burt-Don Fabrizio.

Citation fameuse s’il en est mais pour moi jusqu’ici un peu obscure : « Il faut que tout change pour que rien ne change ». Je fais pas un dessin sur ce qu’il s’est passé la veille pour que je comprenne cela un 8 mai 2017. Comme quoi, vieillir ça a (aussi) du bon.

Cette sensation qu’on peut reprendre une vie normale, redire les mêmes choses sans se lasser, les écrire, revenir à la rue à l’occasion, alerter quand il se doit, s’agacer, enrager, se révolter assez souvent… après quelques mois de faux débats et de véritables impostures, la sensation très vive qu’il ne s’est rien passé. Le thermomètre, lui, a fonctionné comme l’on pouvait s’y attendre. La fièvre est forte. D’aucuns ont même eu chaud, la main sur la valise, se désolant de ne pas avoir renouvelé leurs papiers à temps.

Je m’étais promis de ne rien dire de ces élections sur ce blog. Rien. Et chouette, ça a failli marcher. Et pis, deux trois commentateurs m’ont échauffé le cerveau. « Un homme seul s’avance à la rencontre du peuple de France ». Le lyrisme a des limites, celles du ridicule. Voilà désormais que l’on nous parle de la figure christique du nouveau président. Christique !

Jean Macé*, dans les années 1870, genre, avait énoncé que la République était le règne de ceux (je rajoute « et de celles ») qui ne croyaient plus en papa, comme au bon vieux temps des rois.

Et bien après les figures royales, impériales, générales, paternelles, tribuniciennes voire mères-fouettardes, voici le Christ…

Ni Dieu, ni César, ni Tribun… Y a du boulot.

Le pain est la planche, l’ouvrage sur le métier. L’autonomie des individus, les « statures » du pouvoir déboulonnées, la construction collective des alternatives… Bref l’éducation populaire, y a que ça de vrai.

Mai 2017

* Fondateur de la Ligue de l’Enseignement

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