La culture rapproche les peuples, mais sans le peuple

L’entrechoc des phrases et des informations, quelquefois, fait sens. Le sens de l’absence de sens, le cas présent. C’était hier, le journal du soir de ma radio habituelle s’ouvre sur l’inauguration du Louvre à Abu Dhabi, en costumes fringants et phrases définitives : « lutter contre l’obscurantisme et rapprocher les peuples par la culture ». L’information suivante, c’est la manière dont les ouvriers de cette œuvre magistrale, faite de jeux de lumières rappelant les palmeraies du coin dixit l’archi, n’ont pas été payés, ou peu, ou mal. Sans parler des conditions du travail. C’est dingue. J’aime beaucoup ma radio habituelle.

Cela me rappelle une autre émission de cette même station, y a longtemps, Liverpool était alors capitale culturelle européenne. On parlait de la ville, de la déshérence économique, de la disparition des dockers. Et la journaliste, la tête ailleurs sans doute, posait en suivant la question qui tue : « et les dockers, ils viennent aux expositions ? » M’enfin, Madame, puisqu’on vient de te dire qu’y en a plus des dockers. Et que c’est justement pour cela que t’as une capitale culturelle pour rapprocher le peuple, qui a disparu entre temps dans les limbes du chômage et sous-prolétariat, voire du lumpen, des œuvres d’art magistrales.

Bon, bref, rien de nouveau sous le soleil des palmeraies. Des mots, qui se payent de mots, sans que les ouvriers voient la couleur de la monnaie. Des mots qui ne veulent plus rien dire, vidés de tout sens – les vains mots des vainqueurs -, hypocrisie fondamentale à l’œuvre, magistrale elle aussi, de néantisation marchandisée de la culture au profit des profits, de tous ordres et sans que cela nous concerne, nous, les peuples. Enfin, si, quand tout nous pète à la gueule, après, cela nous concerne. Quand on n’est plus ni frères ni sœurs de rien ni de personne.

Alors pour sororiser et fraterniser en paix et se faire un peu du bien, on peut écouter, toujours sur France culture, cette petite heure ici. L’accueil de réfugiés à Saint-Etienne de Baïgorry en pays basque (dans ma tête, j’ai toujours adoré me l’entendre avec l’accent, le nom de ce village). Et l’on comprendra que je jubile particulièrement en écoutant à la toute fin de l’émission un monsieur qui s’appelle Jean-Pierre Massias. Tout ce que j’ai pu raconter par ailleurs sur l’identité et l’altérité, la certitude de soi et le « même pas peur des autres » trouve ici un témoignage puissant.

Novembre 2017

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