La bourse ou la fuite

L’argent, qui est la valeur de toutes choses, est étonnamment aussi celle du respect que l’on vous porte. On le sait : se démonétiser, c’est se dévaloriser.
Mais, tous les comptes faits et refaits au fond de la bourse, pièce à pièce, finalement… pourquoi ne pas décider de se démonétiser tout.e seul.e ? Et de s’accorder de la valeur par soi-même ? Et de refuser que d’autres en décident à notre place ?
Pour vivre chouïa plus heureux.ses, il suffirait donc de choisir avec qui l’on veut bien échanger la valeur de nos dons.

Choisir de « travailler » avec des gens qui fonctionnent de même, et fuir celles et ceux qui, par l’argent, se donnent un pouvoir, celui de vie sur autrui, pouvoir qu’en réalité nous leur procurons par nos silences et nos trouilles, pourrait bien devenir salutaire.

Bien sûr, il y a un brin de lâcheté à ne jamais parler d’argent parce que ce n’est pas… « poli ».
J’ai entendu l’autre jour : « On vous donnera une petite rémunération ». A qui peut-on dire ce genre de choses, sans préciser le montant de la somme, en pensant que les gens travaillent contre de « petites rémunérations » ? A des gens que l’on prend pour des « con.ne.s »…, à des gens qui ne trouvent pas « polis » de répondre « combien ? »… Ou à des gens qui ont, depuis longtemps, déconnecté le travail du salaire et qui bossent pour le plaisir de faire plaisir.

L’idéal, bien sûr, c’est que, tout travail méritant salaire, il soit rémunéré à son juste prix. Mais c’est quoi, un juste prix, dans un système de faux-semblant où la femme d’un député peut émarger à plus de 5000 euros par mois sans strictement rien faire et où des agriculteur.rice.s ne se tirent même pas un RSA à temps plus que plein ?
Dans l’univers d’où je viens, un monde que je refuse d’habiter, les pauvres choisissent de s’escroquer entre eux : les salarié.e.s abusent des intermittent.e.s, les intermittent.e.s exploitent les stagiaires, les stagiaires s’assoient sur les chômeur.se.s, etc.
Alors la révolte bien sûr ! La syndicalisation, évidemment…
Mais la fuite, aussi…
Parce que courir après le pognon use prématurément les tendons.
Alors que gambader dans la nature renforce la musculature…

Si la fuite est un choix difficile, puisqu’il exige de réduire les frais comme on réduit la voilure d’une embarcation, il faut quand même dire que c’est un choix joyeux !
C’est d’ailleurs une des raisons pour lesquelles j’ai mis sur ce blog tous mes films en accès libre. Pas parce qu’ils ne valent rien, mais pour que vous puissiez les voir à volonté.
Il y a des gens qui, en échange, chaque année, m’offrent des huîtres de Bouzigues, du fromage, du vin de la région de Narbonne, des œuvres d’art, des livres, des bijoux, des céramiques, du pain d’épices, des fleurs, des chapeaux… et bientôt l’hospitalité… si, si… Je vous jure ! Chaque année !*

Car le don / contre-don fonctionne toujours, et pas seulement dans les sociétés archaïques du Potlatch. Joie et bonheur, il devient même central pour celles et ceux qui ont choisi de vivre autrement sur des territoires abandonnés par la monnaie et la rentabilité.

En Comminges, mais pas que, fleurissent les ressourceries, les donneries, les monnaiteries locales, les échangeries et compagnie. De quoi survivre en temps hostiles, de quoi créer du lien quand les anciennes solidarités ont disparu, de quoi envisager l’avenir dans des communautés de vie liées aux territoires choisis ou subis (certaines de ces structures ont vu le jour à l’arrivée de migrant.e.s sur ces terres) dans lesquels nous vivons.

Fuir n’est pas lâche, fuir c’est se garantir une survie en cohérence avec deux trois valeurs qui nous tiennent au cœur. Fuir, c’est choisir.

  • Continuez… chaque année ! Je m’y suis un peu bien habituée…

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