Le dernier café du matin, c’était dimanche

Je ne peux rien faire d’autre que de lire les fils d’info et envoyer des blagues à mes proches.

Enfin non, je triche. Je lis aussi, je cuisine, je fais le ménage et les lessives, et je regarde films et séries, comme tout le monde. Plus le tour du quartier, mon téléphone a compté : 4000 pas. Donc faudra désormais faire deux fois le tour du quartier. Le tour du quartier, c’est longer quatre canaux entre ombre et soleil. On peut difficilement se plaindre.

C’est le premier matin que je me rends compte de l’état de fébrilité. Je suis ridicule sur mon téléphone portable, je lis les titres, je n’arrive pas à me concentrer pour lire les articles en entier, je jongle entre les applications. Quand je m’en aperçois, je pose illico le téléphone sur la table et je réfléchis. Pourtant j’ai bien dormi. C’est quoi cet état ? Et ça me revient, j’ai déjà connu ça, c’était après l’explosion d’AZF. Je vivais AZF, je lisais AZF, je me réveillais AZF, merci mon dieu, je ne mangeais pas AZF.

Le virus est entré partout dans nos têtes, mais il a mis le temps. Oui, oui j’avoue, dimanche matin, je faisais partie de celles et ceux qui, ravi.e.s de trouver un bistrot non pas ouvert mais qui distribuait des cafés à emporter, se sont assis.e.s pendant deux heures à voir le monde passer et à tenir salon (bon, à un mètre au moins de chacun.e). Je ne suis pas restée seule une minute, la ville entière s’était donnée rendez-vous pour voir à quoi ressemble une ville sans bars. Et on sentait le soulagement de chacun.e de pouvoir, une dernière fois, s’arrêter comme en terre de connaissances.

Le rituel du café du matin, ici comme en tant d’endroits du monde, est sacré pour certain.e.s. Je me suis toujours débrouillée, même du temps du salariat contraint, pour aller prendre mon café en lisant le journal dans un bar de quartier. Les jours sans étaient des jours malades.

On mesure, au désarroi de quelques-uns ce dimanche, l’importance du rituel. On comprend très vite, on le savait déjà mais sans en avoir la conscience, que pour beaucoup d’entre eux (peu de femmes en l’occurence), le café du matin, l’apéro du midi sont les seuls moments de rencontres de beaucoup d’habitués qui passent de bar en bar autour du marché de la ville.

Nous qui échangeons par mèl, par texto, par conseils de lecture, par échanges de films, par coup de fil si la voix de l’autre manque, nous ne sommes pas seul.e.s. Et pouvons nous resservir un café dans la tasse, parce qu’on a bien quatre paquets d’avance…


2 réflexions sur « Le dernier café du matin, c’était dimanche »

  1. marion

    petite jolie madame
    on est tous dans un drôle d’état… aujourd’hui, j’arrête les infos, demain le téléphone, pour ranger mes papiers, histoire que ça soit en ordre… j’ai de la chance, le jardin, les enfants à côté, des amis au bout du fil, ça va… c’est peut-être « la guerre », mais que je sache, aucune bombe réelle vient détruire nos lieux de vie, certains dont on ne parle plus doivent en recevoir de plus belle… l’horreur au creux de la gorge de penser à eux … horreur sur horreur, mais le vent est doux… bisous
    marion

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  2. le chargé des commissions

    Ce n’est pas tant le café qui nous manque mais la convivialité de nos retrouvailles le matin au Barajo. Nous analysons les nouvelles de la veille et produisons les news du lendemain…
    Nous aimons la Rigolade, la Dérision et la Vérité !
    Sète, la macaronade, la tielle, le poufre parisien avec 1 f, Le pouffre sétois avec 2 f, le poulpe de mer du dictionnaire, les joutes languedociennes, la Saint Louis, Alexandre Dumas, les vicomtes de brageole, les haricots et la seiche farcie, la rouille de seiche, les sardines et les maquereaux en escabèche, la bourride de baudroie à la sétoise, la mandroune, l’arapète, le piste, les moules farcies, les sites remarquables en voie de disparition …
    l’information décalée selon le temps ….
    l’astrologie setoise ….
    et le parler sétois !

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