Le mépris

Immédiatement dans la tête, rien qu’au titre, une mélodie se fait entendre, elle est de Delerue : tadadidadida, tadadidadida, tadadidadida… et ici interprétée par John Zorn.

Bon, ben ce n’est pas de musique qu’il s’agit, ni de cinéma. De littérature, à la rigueur. De Stendhal peut-être, du XIXe siècle et du mépris du peuple*. Qui n’a rien de nouveau et qu’un Emmanuel Macron dans son costard n’inaugure pas, mais reproduit. C’est sans fin que le mépris nous gifle dans les propos de ceux qui pensent à « nous » gouverner. Ce sont des imaginaires du peuple qui s’expriment en ces occasions, et ils sont pas « jo-jo » ces imaginaires quand ils nous sautent à la gueule ; nous apparaissons comme une masse informe somme toute assez faineasse, quelquefois illettrée, et possiblement dangereuse par nos hoquets compulsifs de révoltes infantiles. En gros.

Mais bon, pour donner raison à Macron, et vu que ce n’est pas en alignant des mots sur ce blog que je compte renouveler ma garde-robe, je vais faire ma « faineasse ». Noël Mamère, dans son blog de Mediapart*, nous le fait court et juste. Alors je cite :
« Pour sortir de ce capitalisme, qui dévore les hommes et la planète, remettre en cause les modes de production et de consommation ne suffit pas, il faut aussi en contester sa logique fatale de la domination sociale.
Il y a donc bien un combat autour de l’identité, mais ce n’est pas celui que nous vendent les marchands de peur, de l’Autre, du musulman ou de l’immigré, de l’Arabe ou du Noir… C’est un combat autour de l’identité sociale, contre ce mépris de classe et de caste,  qui s’est mué en un racisme social touchant les jeunes issus de l’immigration coloniale, les habitants des quartiers populaires, comme les ouvriers et les employés jetables et corvéables à merci. Nous avons toutes et tous un même adversaire : la bourgeoisie financière, fusionnée avec ses mandants d’Etat et renforcée par les grands médias au service de la même morale ambiante, fondée sur le mépris social.
Nous revendiquons d’être ringards au côté de Ken Loach, contre les ministres de la Star Academy, qui aiment les costards, les Rolex, la Loi Travail et son monde. »

Ces petites piqûres de rappel irritent mais font du bien : nous ne sommes pas du même monde et c’est la raison pour laquelle nous ne voulons pas le même monde.

Et sinon, cela a-t-il à voir avec le mépris ? Je le pense. Avec l’indifférence tout au moins. Si la Seine menace par ses crues, il fait beau en Méditerranée et les traversées s’y font plus nombreuses. Et on y meurt toujours. J’assistais ce lundi à la remise de la légion d’honneur à un résistant et déporté sétois filmé il y a deux ans. On redisait lors de la cérémonie pour la énième fois que nous étions là pour que « ça » n’arrive plus. « ça » arrive tous les jours. Là aussi, un rappel, infime, modeste, à nos échelles, anonymes : ce qui se passe autour de nous n’est pas supportable.

Juin 2016

  • On peut lire pour rapprocher nos siècles : La nature du peuple, Les formes de l’imaginaire social (XVIII/XXIe siècles), Déborah Cohen, coll. La chose publique, éd. Champ Vallon.
  • et pour lire l’article de Noël Mamère en entier, c’est là.

 

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