Les petit.e.s, leur force est leur faiblesse

Ce que je crains des temps qui viennent, c’est la chute des petit.e.s, commerçant.e.s, artisan.e.s, réalisat.eur.rice.s, agricult.eur.rice.s, comédien.ne.s, bistrotier.e.s, photographes, précaires, saisonnier.e.s…
Une usine qui ferme, ce sont des milliers d’emplois. Des petites échoppes, c’est un à un, une à une, que les gens tombent, comme en silence.

Nous, les petit.e.s, avions un grand orgueil avant cette pandémie. Et une grande force. Celle d’avoir creusé nos niches, avec les dents quelquefois certes, mais en ayant l’assurance d’être dans nos bons chemins, vicinaux bien souvent mais si beaux, en ayant fait des choix, ceux de vivre et produire au pays, sans jamais rêver à des destinées plus grandes. D’être content.e.s de nos sorts parce que nous les avions voulus, désirés même.
Cela est toujours difficile à expliquer dans un univers où virilisme et capitalisme liés veulent toujours jouer à qui aurait le plus gros, le plus grand, le plus beau… dessein. Et pourtant il ne s’agissait pas de se contenter de ce que l’on a, mais d’être bien content.e.s de se l’être créé, pas à pas, pied à pied et main dans la main.

Jamais nous ne nous sommes comparé.e.s à de plus hauts placés, là était notre force. Quelquefois même nous nous sommes permis de les regarder d’un peu haut. Du bas du piédestal mais du haut de ce grand orgueil, donc, qui nous a sauvé.e.s bien souvent. Notre revendication était simple : laissez-nous vivre. Nous ne vous prenons rien, laissez nous-en peu. On s’en débrouillera dans les chemins vicinaux, on a appris que les bouts de ficelle étaient des liens, humains, bien plus solides que les médailles du salon de l’agriculture.

J’ai travaillé, et travaille encore, sur les « petits métiers » de l’étang de Thau, métiers d’élevage de coquillages et de petites pêches. J’aime, on s’en doute, ce terme de « petite pêche ». La petite pêche, c’est la pêche aux filets sur de frêles embarcations, aux loups, daurades, anguilles, c’est la pêche aux coquillages avec des instruments dont les noms portent un pays tout entier, clovissière et arseillère, c’est la pêche en plongée et sans bouteilles… Des petits métiers de souffle, de passion, d’expérience, de transmissions, d’innovations… Les petits métiers c’étaient des centaines de familles qui pouvaient en vivre sur un territoire donné. La comparaison en terme d’emplois et d’économie locale avec les grands chalutiers penchait largement en faveur des « petits ». On comprend bien tout l’intérêt pour un territoire d’avoir une multitude de « petits » qui le font vivre en regard de quelques gros paquebots. Cela diversifie, dynamise, multiplie, accroît, embellit…

Dans la culture, c’est kif. Nos territoires sont émaillés de petites compagnies, structures de production, de réalisation. C’est leur force, la multitude. C’est la nôtre, de force, collective, commune.

Voilà ce que je crains. Que l’on tombe, les unes après les autres, assez silencieusement, dans notre grande faiblesse de ne pas nous être rendu.e.s compte suffisamment tôt que nous étions nombreu.x.ses et fort.e.s de notre nombre. Et fier.e.s de nos choix.

1 réflexion sur « Les petit.e.s, leur force est leur faiblesse »

  1. l'italien de gaeta

    la fin de ton billet … c est la clé du problème ! le nombre favorise la division et je pense à tous ces collectifs qui veulent défendre les citoyens mais chacun défend sa cause. La difficulté c’est l’absence d’une véritable coordination. L’humain est en difficulté pour longtemps !

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