L’excuse de l’époque est toc

C’était l’époque, disent-ils. Mai 68 a bon dos, à bon compte, qui ne fait pas les bons ami.e.s. Le slogan « interdit d’interdire » fleurit dans les explications à deux balles, sans excuses ni remords, de celles et ceux qui ne renient rien de leur soutien à Gabriel Matzneff. J’ai autour de moi, au-dessus de moi, des proches qui ont vécu la même époque. Et vous de même. Et dans cette époque, la morale commune, la commune décence, fait que l’inacceptable d’aujourd’hui l’était déjà hier : on ne fait pas de mal aux enfants. Ni ici, ni ailleurs, à l’autre bout du monde, en Asie, au Maghreb.

Ce n’est pas une époque qui est en cause, c’est un univers. Celui d’une « élite » cultivée, avide de ses propres plaisirs, peu encline à la bienveillance et se drapant de faux-semblants intellectuels pour justifier l’injustifiable. Le monde de la grande prêtresse des lettres du Monde, celui des Sollers et consorts qui pouvaient alors se permettre de jeter à la tête de la lanceuse d’alerte et de moralité, Denise Bombardier, le qualificatif de « connasse ». Ces gens ne valent rien. C’est tout, il faut le dire. Il faut dire aussi que protéger les enfants – et un.e adolescent.e c’est encore de l’enfance qui se transforme sous une peau fragile -, ce n’est pas une question d’époque, c’est une constante de l’humanité.

Entendre aujourd’hui leurs vaines tentatives de justifications, c’est comme de l’ongle de l’index et du pouce vérifier la sonorité des vases en métal précieux ou de prendre entre ses dents une pièce de monnaie : ça sonne faux, c’est du toc.
Mai 68, les années 70, telles qu’on me les a transmises, c’est un désir de changement profond, radical, de remise en cause de toutes les postures de pouvoir, de leurs abus, dans tous les domaines, publics et privés.

Et sinon, au bord d’une guerre absurde de matamores, comment souhaiter une belle année nouvelle ? C’est toujours la même chose à l’orée du mois de janvier, on ose à peine souhaiter le mieux quand le pire est quasi certain.
Alors, bon, allons nous réchauffer aux solidarités actuelles, dans les gares, les manifestations et les piquets de grève. Je ne vois rien de mieux pour l’instant, ce sera déjà ça de pris qu’ils (les « élites », cultivées ou pas, qui n’ont pas le souci d’à quel âge ils pourront espérer percevoir le minimum vieillesse) ne nous prendront pas.

Janvier 2020

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