L’odeur des souvenirs

Le premier effet à devenir fumeuse abstinente, c’est le retour de l’odorat. De quoi plaindre immédiatement les non-fumeurs. La vie quotidienne ne sent pas bon. En fait. Ouvrant la porte de l’immeuble, première agression : des pots d’échappement dont on ne sait pas s’ils ont un problème ou si c’est toujours comme ça, l’odeur. Terrible.

Alors je pense à tout ce qui peut sentir bon, les balades en forêt et la terre mouillée, les roses et le jasmin, tout ce que je vais re-découvrir. Je pense à ma campagne, à celle de l’enfance. Je pense à ma petite maison au pied des Pyrénées. Que vais-je y découvrir lorsque j’y reviendrai ? Et je souris. Immédiatement, me revient l’idée de l’odeur de la cellulose. L’usine à papier de la ville à côté, dont on ne peut pas dire que son odeur soit particulièrement bucolique.

Près d’un mois après, assise sur ma chaise en plastique, un soir, devant la maison à vapoter mon petit « tabac café crème », la voilà, je la sens, je le savais qu’elle me reviendrait, l’odeur de la cellulose. Cela va étonner tous les Commingeois non-fumeurs, mais cela m’a fait plaisir.

C’est une odeur d’enfance, – je fume depuis l’âge de quinze ans -, je n’avais plus senti adulte l’odeur de la cellulose comme je la sentais avant, dans la cour de mon lycée qui faisait face à l’usine (avec les Pyrénées en arrière fond). J’en étais toute émue. Je pense que ça ne durera pas, cette émotion, que la nuisance olfactive va reprendre le dessus, alors je m’empresse de la noter telle quelle.

En préparant mes petites potions moi-même, à la recherche de ce merveilleux goût café crème avec cette toute petite pointe de chantilly qui survient au tirage, et surtout le matin, j’ouvre ma nouvelle commande d’arômes. Et là, immédiatement, j’ai vingt ans et je suis à Toulouse, entre la rue des Lois et la rue du Taur. Je réfléchis. Je buvais des cafés crème à vingt ans ? Je ne crois pas, j’ai toujours été café noir, il me semble. Je rouvre le flacon. Oui, oui, j’ai bien vingt ans et je suis bien à Toulouse entre la rue des Lois et la rue du Taur. Je fronce les sourcils, mon front se plisse. Non, je ne me souviens pas. Un bout de mon cerveau se souvient de quelque chose mais je ne me souviens pas. C’est frustrant.

Oui, oui, je sais. « La madeleine ». Je rouvre le flacon souvent en passant devant le tiroir où mes potions sont enfermées comme Proust trempe sans fin sa madeleine dans le thé. Je m’obstine mais je ne trouve pas. Help, des gens m’auraient connue buvant du café crème ? Témoignez !

Janvier 2016

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