Mouvements

J’ai tiré les rideaux de l’hiver, j’attends le printemps avec une impatience folle.
Le tournoi des VI nations terminé, il est temps.
Pourquoi le printemps ? Pour se mettre en mouvement. Le 22 mars. Fallait la choisir cette date, cinquante ans après. Y a cinquante ans, j’y étais pas tout à fait encore… Mais…
Se mettre en marche, mais pas dans le même sens, arpenter les rues et les campagnes, crier, chanter, se retrouver, même si l’état des lieux est consternant. Parce que l’état des lieux est consternant.

J’avais dit que je l’écrirai ce papier sur l’après-guerres, de 40 et d’Espagne, l’après-70, être née en 69 et vivre son début de vie d’adulte fin 80 dans une ville agitée des suites résistantes des époques épiques qui m’avaient précédée dans les mêmes rues, les mêmes lieux que je commençais à fréquenter. Toulouse, la rue des Lois, la radio Canal Sud, les travées du Mirail, la dalle de Bellefontaine. C’était une chance. De quoi dévier des parcours tracés, devenir professeure de langue ou d’autre chose (j’ai rien contre les profs, je les respecte infiniment, quelquefois), s’immerger dans des réalités bien plus complexes que je ne pouvais les imaginer, boire à toutes les sources, plutôt fraîches, des débats sans fin et s’en faire une idée, des idées pour la route. Rencontrer des poètes et des musiciens, empreints de révoltes vitales, découvrir que le jazz « inaudible » pouvait nous embarquer bien plus loin que prévu, à Uzeste bien sûr, à Assier, et jusqu’à Amsterdam. Grandir, quoi. Apprendre.

Je discute la semaine dernière avec des jeunes gens qui ont fait leurs premières armes militantes dans les manifestations contre la loi travail du printemps de mon début de blog. C’était là. Et ils me disent cela : oui, un train social, ça te dévie la route, ça te change la vie.
Le mouvement contre l’immobilité, ce n’est pas ce qu’ils nous disent à longueur de discours imbéciles. Ce n’est pas réduire tout ce qui relève non de « l’acquis social », mais de victoires pas à pas, de luttes pied à pied, pour nous transformer en esclaves modernes d’injonctions plus que paradoxales. Etre libres au travail d’y détruire la vie. Genre.

Le mouvement contre l’immobilité, cela a été déjà tellement dit, chanté et écrit, c’est continuer à rêver qu’ensemble on peut faire beaucoup mieux. Je n’oublierai jamais tout ce que j’ai appris en décembre 95 aux piquets de grève. Là aussi, l’aiguillage a grave fonctionné. Et j’ai, une nouvelle fois, changé de voie. Qui aurait pu être de garage, un contentement de l’entre-soi dans une culture de bon aloi. En lieu et place de cela, un univers qui s’est élargi, un peu tous azimuts, par des routes qui vont d’Avignon au Boucau, du Comminges à la Méditerranée, un territoire vaste… Avec plein de gens dedans. Et des histoires à n’en plus finir…

Mars 2018

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