Origine incontrôlée

Au vu des débats lassants de ce début d’année, je comptais prendre quelques vacances quant à la notion d’identité. Me ressourcer aux langues poétiques, lire un peu plus de littérature que d’essais, faire une pause et tenter d’arrêter de fumer. Beau programme. Car je m’essouffle.

Cela fait donc plus d’une décennie que je trace le sillon d’un discours, peut-être malhabile car quelquefois mal compris, autour de cette notion floue et tiraillée de tous côtés d’« identité ». C’était pour moi assez simple : quand on est tranquillement installé, assuré, conforté, on n’a pas peur. De l’autre, du voisin, du demain. Et quand on est ballotté, déchiré, morcelé, on va mal, tout va mal, et tout peut s’écrouler. On le ressent à l’échelle d’un individu, on le vit de la même manière à l’échelle d’une société, d’un territoire. Alors quelle part faite à la diversité là-dedans ? Ben le divers, le multiple ne s’oppose pas à l’unité. C’est un peu comme opposer différences et égalité (on le sait bien quand, féministe, on parle d’égalité et que nous revient dans la face la sacro-sainte « différence »). C’est idiot d’opposer.

Si on revient à l’échelle d’un individu, celui-ci est bien (ou mal) fait d’une diversité d’influences, d’origines et d’apports. Travailler à l’unité de la personne, ce n’est pas nier cette diversité, c’est lier, relier, concilier voire, quand ça va vraiment mal, réconcilier.

Peut-être que j’ai faux sur toute la ligne. Peut-être que c’est le mot « identité » qui ne va pas ? Peut-être.
Mais surtout je fatigue de me répéter. De film en film, de texte en texte. J’ai un très fort désir d’ailleurs ; en ce début d’année j’étouffe, clavée entre Michel Onfray et Alain Finkielkraut.

Mais je vais quand même à la manif occitane sur la place de Montpelhièr. Parce que je sais que ça va être gai, vivant, coloré, avec des enfants de partout, et des calandretas surtout, qu’il y aura de la musique et des gens qui chantent ensemble. Et j’adore les gens qui chantent ensemble. Et aussi, un peu, parce qu’ils me courent à ne pas vouloir ratifier ce petit bout de charte « des langues régionales ou minoritaires » (maintenant c’est au prétexte que l’arabe dialectal  va devenir une langue minoritaire et que du coup ça va pas le faire… à chaque siècle son prétexte… ça rappelle un peu le refus d’accorder le droit de vote aux femmes, aux étrangers…).

Quelquefois ce qui me semble d’évidence ne l’est pas et il faut s’expliquer : une langue c’est une richesse, la perdre c’est s’appauvrir. Point à la ligne.

A la ligne donc, et sur les franges de la manifestation, une dame que j’imagine néo-montpelliéraine (pourquoi donc ? l’accent ?) pose la question de ce rassemblement à une autre dame, clairement manifestante du fait de son drapeau rouge et or, et « re-formule » la réponse : « vous voulez donc qu’on enseigne vos origines et votre langue ? »

Je suis trop bêtement timide, j’aurai dû sauter sur l’occasion, je n’ai pas osé.

NON. Ce n’est pas une question « d’origines ».

Admettons, Madame, que vous vous installiez au Portugal, vous allez apprendre à parler portugais. Vous vous installez en Occitanie, vous ne voyez pas pourquoi vous devriez apprendre une langue qui n’est plus parlée. Je comprends bien, moi-même, c’est navrant, je ne la parle pas et vergonha me prend souvent.
Mais vous pourriez. Mais je pourrais. Sans référence aux « origines », moi née par ici et vous peut-être non. Juste pour humer l’air du pays, sentir ses pulsations, son rythme, entrer dans sa géographie, enlacer son paysage, comprendre ses poètes… Comme ça, parce que la langue est un véhicule, parce que la langue est belle, parce qu’elle dit une histoire et qu’elle en raconte plein, des histoires.

Voilà c’est tout. Et sinon, je vapote beaucoup.

Octobre 2015

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