Perdre l’Orient

Quand on s’oriente, c’est vers l’Est et le soleil qui se lève donne le sens.
Perdre l’Orient, c’est perdre la richesse des siècles passés, c’est faire affront à la notion même de culture.
Perdre l’Orient c’est étonnamment ce qui nous arrive, alors que le monde paraît plus petit que jamais, les éloignements eux semblent continents en dérive.
La Méditerranée n’a jamais semblé aussi vaste, impossible à traverser.

Que l’Orient nous donne l’orientation, c’est Mathias Enard qui le rappelle.
Et il faut lire Mathias Enard.
Son humanisme boulimique fait un bien fou, au moment où l’on s’étripe sur le « déclinisme » ou non de notre tout petit territoire, sur nos identités étroites. Au moment où le FN devient comme un axe central de la pensée française, où l’on ne peut plus s’interroger sur notre rapport au passé, sur l’art contemporain, sur l’humanisme en péril du siècle qui commence sans faire face au Front.
C’est fatigant, c’est agaçant, cela ne nous mène nulle part.

Heureusement, il me semble, la littérature de ces jours, le cinéma aussi, nous aident à prendre le large et l’on respire un peu. On s’embarque avec Laurent Gaudé ou Mathias Enard* dans des passés proches ou lointains, dans des imaginaires foisonnants, avec un humanisme, une humanité « grand siècle », une culture vaste, inouïe, un rapport au présent concret, charnel et juste. Et l’on retrouve avec émotion deux trois sentiments simples, une empathie, une compréhension, quelques pensées complexes aussi, mais une largesse d’esprit surtout. Où l’on étreint les êtres sans cliver les idées.
Se rappeler grâce à Mathias Enard que Palmyre nous lègue des vestiges d’histoires grecques, romaines, ottomanes, omeyyades… et que ces histoires nous feraient un chaud berceau commun.
Que Michel Ange fit en son temps la traversée jusque vers le grand Turc, que l’Orient fut tout Proche alors qu’il nous semble aujourd’hui complètement étranger.
Cela paraît presque absurde.
Se rappeler que le poète occitan Max Rouquette traduisit le poète persan Omar Khayyam et que ce fut d’évidence.

Le monde d’à côté de la Méditerranée est notre monde et l’on nous en a séparés, coupés, amputés.
Une mer qui semble infranchissable et franchie tout de même.
Avec risques et périls effrayants, insupportables à penser.
Une mer, une petite mer, la Méditerranée.
La mer nôtre, de tous côtés.

* Les deux sont édités chez Actes Sud. En poche Babel.

Octobre 2015

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