Comme dans une bulle

S’il n’y avait pas eu ce vent frisquet, cet « aquilon joufflu », cela aurait été juste parfait. Laurence Burnichon me chante la chanson. La directrice de la médiathèque La fabrique de Marseillan convoque Marcel Amont et Georges Brassens sous ce soleil d’octobre traversé de mistral, ce vendredi 16 octobre 2020.

Quel plaisir de revenir à Marseillan.

Sete est vraiment une île, on a tendance à ne pas passer les ponts pour aller dans les « petits villages » alentour. Oui je sais, c’est vexant quand on parle de communes qui dépassent les 5000 habitant.e.s. Mais c’est comme ça qu’on disait à Sète : « les petits villages ».

J’y ai retrouvé ce bonheur du « petit », j’avais pris mon temps et mon après-midi. J’ai bien fait. Je suis rentrée dans l’église à côté qui ressemble à un temple affublé d’une tour romane, vraiment très belle, accueillante. J’aime les portes ouvertes et cela arrive encore dans certains stades et quelques églises. Je suis allée aussi au bar d’à coté ; trois fois a fait remarquer l’hôte, Mehdi, à la dernière visite après la projection.

A coté de quoi ? A coté d’une très jolie médiathèque, elle aussi petite, simple et accueillante. Je vous le fais office de tourisme, je mets des photos (merci Laurence).    

Elle s’appelle La Fabrique, joli nom, du temps où le bâtiment appartenait encore à l’Eglise catholique.

En bas le marché, en haut la médiathèque. C’est-à-dire qu’on va chercher les livres ou les dvd comme le poisson ou le fromage, avec la même convivialité, le même allant, la même familiarité : on se connaît, ça aide. Et sinon on apprend à se connaître. Oui, le charme du « petit », quand tout est à côté, à proximité.

Du coup, j’ai eu droit à une projection d’une grande bienveillance. En ces temps clivés de débats outrés, (pour ou contre le voile, pour ou contre le masque…), se retrouver devant quinze personnes qui ont du plaisir à découvrir un film, un quartier, du plaisir à être ensemble, à se rencontrer, et qui le disent avec un sourire que l’on entrevoit sous le masque, oui c’était vraiment bien.

On a parlé de quoi ? Ben de tout un peu, mais c’est surtout cette ambiance que je retiens. 

Puis il y avait Evelyne De San Nicolas, 20 ans de médiathèque à Marseillan, et habitante depuis l’âge de six ans et demi précise-t-elle, qui connaît son monde par cœur et qui dit les effets bénéfiques d’un peu de permanence dans un monde en mutations constantes. A l’île de Thau ou à Marseillan, c’est pareil, l’efficacité d’une action se mesure dans le temps. Il faut laisser le temps aux gens, le temps de se mettre à l’épreuve du temps, de se tromper, de recommencer, de créer des liens, de s’implanter. 

Le temps de se connaître. C’est là-dessus que s’appuie l’équipe de la médiathèque Malraux de l’île de Thau. Sa directrice, Aurélie Mateo, était venue. À la fin une spectatrice vient nous remercier toutes les deux. Aurélie, comme d’habitude, s’efface devant « la » réalisatrice. « Non, non, c’est elle » en me désignant du doigt. La dame lui répond : « Non, félicitations à vous deux, pour votre travail respectif. Parce que vous le faites bien toutes les deux, mais ce n’est pas le même ! »

Je ne saurais mieux dire…

P.S. : Je parlais de lassitude la semaine dernière. « Est-ce que les femmes sont magiques ? » Y a des fois, oui. Il faudrait filmer tout le temps. Heureusement Anissa s’en charge. Comme elle se charge de tout. Elle m’envoie une vidéo cette semaine. Anissa adore les panoramiques parce qu’elle voudrait rendre compte de toute la réalité dans son ensemble. On est dans la cour de la Seinchole en bas des immeubles, on démarre par un groupe d’enfants qui jouent à la balle, on passe à un autre de plus petits qui font un parcours sur tapis, puis on arrive sur d’autres petitous assis sur une bordure, captivés par ce qui se passe devant eux, on entend de la musique, et on finit le plan sur deux violonistes qui travaillent depuis quelques années avec la médiathèque, qui jouent là, en extérieur, sous une tente, devant les enfants.
Moment suspendu. Oui, magique.
Il manque un contrechamps dans la vidéo, in-filmable. Anissa me le raconte par téléphone : pendant ce temps, des policiers de la BAC coursaient deux dealers sous les coursives des immeubles.

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