Université populaire du temps présent

Alors avant tout, la réserve : oui, je mesure ma chance d’habiter en campagne, d’être libre de gérer mon temps à peu près comme je l’entends et, du coup, de vivre cette période angoissante plutôt sereinement. Et ce qui va suivre n’occulte en rien les souffrances de tou.te.s les autres qui n’ont pas tout cela, qui n’ont pas « le choix ».

Mais j’avoue que ces « visios » qui se multiplient sont une chose formidable me concernant. Outre le fait que j’ai l’impression de rester en lien, je suis en train de vivre ce que je défends depuis longtemps, une université populaire au gré de mes envies et au fil des propositions. Pour moi qui n’ai pas fait d’études au-delà du bac, ces séances de rattrapage tout au long d’une vie sont le sel des autodidactes. J’ai couru plus jeune les soirées débats, j’en ai organisées, j’y ai tant appris. Aujourd’hui je cours moins vite, voire même je ne cours plus, juste je dérouille mes articulations entre ces trop longs moments assise derrière un écran en allant balader aux lacs alentour… Voilà ma chance de ce long confinement.

Les universités populaires ont une longue et belle histoire. On a coutume de citer à la source Condorcet en 1792 expliquant que l’éducation doit se poursuivre tout le long d’une vie : « Nous avons observé que l’instruction ne devait pas abandonner les individus au moment où ils sortent de l’école, qu’elle devait embrasser tous les âges ; et qu’il n’y en avait aucun où il ne fut plus utile et possible d’apprendre, et que cette seconde instruction est d’autant plus nécessaire, que celle de l’enfance a été resserrée dans des bornes plus étroites. »

La fin du XIXe et le début du XXe voient leur multiplication sous l’influence du mouvement ouvrier, des Bourses du travail, des mouvements anarchistes et des mouvements chrétiens. Après la seconde guerre mondiale et issues des mouvements de résistance, où toutes les classes sociales se sont côtoyées dans les maquis, l’idée repart et donne naissance à de nouvelles organisations d’éducation populaire, Peuple et Culture, Travail et Culture, Tourisme et Travail, Francas, Cemea… On peut si l’on veut approfondir venir lire ici.

Alors donc, ce temps présent qui porte les nuées, les orages, les ombres, les menaces, les angoisses des temps futurs… j’aimerais qu’il porte aussi les manières dont on pourrait envisager l’avenir en gardant ce qui nous a réchauffé.e.s au cœur de cette pandémie, ce qui a maintenu les liens et nous a enrichi.e.s.

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.