Voilà, voilà que ça r’commence

C’est la mort de Rachid Taha qui refait défiler les années passées.
C’est amer, c’est triste jusqu’à la rage.
De Douce France à Voilà, voilà. En passant par le Ya Rayah des ravages de l’exil. Jusqu’aux ghettos d’aujourd’hui.
Que de marches ratées (comme celle de 83 « pour l’égalité et contre le racisme » devenue de manière étriquée « marche des beurs ») jusqu’aux gouffres actuels. Cette impossibilité d’allier deux, trois, quatre cultures en un même corps est un mal pernicieux de ce pays de France où, désormais, l’on se permet même de débattre de l’origine des prénoms. Je n’en rajoute pas sur Guilhem et Maroussia, Fathia et Mateo, c’est écrit ici, avec le Ya Rayah déjà, et Jean Ferrat.

Après Rachid Taha, c’est au tour d’Aznavour. Qui rappelle son mescladis personnel franco-arménien parigot, façon « café au lait », quand le café est indissociable de la crème. On ne revient pas en arrière quand on a mélangé les mixtures. On les goûte, elles amplifient, créent, comme en musique quand le jazz et l’Orient s’emmêlent, des odeurs et des idées nouvelles. C’est un peu con-con de dévider de telles évidences. Et pourtant…

C’est bien parce qu’on a voulu nier, dénier leurs cultures d’origine à des parties de la population d’origines étrangères qu’aujourd’hui le face à face clivé, le camp contre camp délètère, le clan contre clan périlleux nous annoncent des lendemains effrayants. Et l’inouïe indifférence au sort de celles et ceux qui se noient, l’incroyable agressivité vis-à-vis de celles et ceux qui en sauvent malgré tout quelques-un.e.s, vient de toutes ces années de rancœurs et d’ostracismes accumulé.e.s. Tout cela est lié comme une pelote inextricable de haines ressassées et affichées désormais sans vergogne.

L’impression de régression à vitesse grand V a bien de quoi effrayer, comme si le sable dans les doigts filait sans qu’on puisse plus rien y faire. Un petit côté « réchauffement climatique » inexorable.

Alors on cherche l’humanité partout où elle se trouve.
Je l’ai trouvée le mois dernier chez quelques personnes qui disent leur désir de s’investir à Sos Méditerranée. Et je l’ai trouvée aussi en Cévennes et sur le Causse Méjean.
Quand évoquant les périls subis par les pêcheur.e.s de l’étang de Thau, j’ai entendu les angoisses des Caussenard.e.s qui ont l’impression d’être des brebis livrées aux loups, que leur mort est déjà actée, ailleurs, des sommets de l’Europe aux palais républicains.
Je les ai comparées, ces angoisses, à celles des éleveurs d’ici, en Pyrénées, refusant que les Ourses descendent des hélicoptères.
Et j’ai enfin compris quelque chose d’essentiel en ce bas monde : il ne s’agit pas d’être pour ou contre, il s’agit d’entendre ce que les gens ont à dire, de les assurer de la pérennité de leurs existences sur leurs territoires, hérités ou choisis. De leur permettre de transmettre des bouts de cultures venues des temps passés et de toutes les contrées.

Et s’ils ont la rage, ici en Pyrénées, là-haut sur le Causse, là-bas aux Izards ou à l’Ile de Thau, c’est parce qu’on ne les entend pas et qu’ils savent depuis longtemps que leur sort est scellé. Qu’ils n’ont pas lieu d’être tel.le.s qu’ils, qu’elles sont, tissé.e.s, métissé.e.s de leurs cultures propres.

C’est l’éternel recommencement de l’histoire des peuples et de leurs combats.

Octobre 2018

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